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Pigments et REACH, ce que le règlement impose vraiment en cabine

Publié le Mis à jour le 10 minutes de lecture Par Jimenez Julien

Depuis les restrictions européennes sur les encres de tatouage et de maquillage permanent, chacune y va de sa lecture, et les captures d’écran circulent plus vite que les textes. Cet article sépare ce que le règlement interdit réellement, ce qu’il laisse à ton organisation, et ce que beaucoup croient à tort qu’il exige.

Mains gantées sortant des flacons de pigment neufs d’un carton de livraison ouvert, notices pliées posées à côté sur le plan de travail

Dans la cabine, le risque vient de l’absence de preuve quand un flacon devient interdit ou quand une cliente conteste. Les restrictions REACH s’appliquent à ce que tu achètes et utilises sur peau.

Objectif: trier ce que l’annexe XVII, entrée 75, impose à tes pigments, ce qu’elle n’exige pas, et les gestes concrets qui protègent ton tiroir, ta traçabilité et ton assurance. Références: le règlement (UE) 2020/2081 et le décret n° 2008-149 du 19 février 2008 sur la déclaration d’activité.

Ce que l’entrée 75 vise exactement

Les mélanges destinés au tatouage et au maquillage permanent

L’entrée 75 de l’annexe XVII du règlement REACH s’applique aux mélanges destinés au tatouage et au maquillage permanent. Elle ne cible pas une marque mais la destination du produit: encre de tatouage et pigment de dermopigmentation. Elle couvre la mise sur le marché et l’usage à des fins de tatouage, donc ce que tu peux acheter et ce que tu peux introduire dans le dermographe sur peau.

Conséquence directe en cabine: un flacon entamé ou neuf qui dépasse un seuil ou contient une substance interdite ne doit ni être commandé, ni ouvert, ni utilisé, même s’il est ancien. Les retouches et corrections sont au même niveau: dès que tu pigmente, l’entrée 75 s’applique.

Des substances encadrées par des limites de concentration

Le texte ne valide pas des « gammes conformes » en bloc: il fixe, substance par substance, des limites de concentration ou des interdictions. Des conservateurs, colorants, métaux traces, amines aromatiques, impuretés sont listés et plafonnés. Au-delà du seuil, le mélange devient non conforme, noir, chair, correcteur ou couleur vive compris.

Tu n’as pas un examen chimique à faire au fauteuil, mais l’interdiction porte aussi sur l’usage: un flacon non conforme en stock est un risque actif. L’entrée 75 colle au réel: ce que tu as dans le tiroir, ce que tu poses sur la table, ce que tu injectes pendant la séance.

Les deux dates d’application à connaître

L’entrée en application du 4 janvier 2022

Date pivot: le 4 janvier 2022, mise en application générale des restrictions pour les encres de tatouage et produits de maquillage permanent prévues par le règlement (UE) 2020/2081. À compter de cette date, la mise sur le marché et l’usage de mélanges non conformes aux nouvelles limites ne sont plus autorisés. Les lots fabriqués avant ne bénéficient pas d’une échappatoire à l’usage.

Pourquoi cela compte encore: des stocks « d’avant » peuvent réapparaître, et certaines références ont été reformulées après 2022. En contrôle, compte la conformité du flacon au moment où tu l’utilises, pas la date d’achat.

Le report au 4 janvier 2023 pour le Bleu 15:3 et le Vert 7

Deux pigments nommément visés, le Bleu 15:3 et le Vert 7, ont bénéficié d’un délai jusqu’au 4 janvier 2023 pour permettre des reformulations. Depuis, même régime: pas de mise sur le marché ni d’usage au-delà des limites.

Effet pratique durable: tu peux encore croiser un flacon conforme version « avant 2023 » ou une étiquette « nouvelle recette ». D’où la nécessité de vérifier l’étiquette et la source officielle. Résumé des jalons:

DatePortéeImpact en cabine
4 janvier 2022Application générale de l’entrée 75Interdiction de mise sur le marché et d’usage des mélanges non conformes
4 janvier 2023Délai spécifique Bleu 15:3 et Vert 7 échuFin du répit, mêmes interdictions que le reste des pigments

Ce que l’étiquette du flacon doit porter

La mention d’usage et la liste des ingrédients

Le règlement exige que l’étiquette indique clairement que le mélange est destiné au tatouage ou au maquillage permanent, et qu’elle fournisse la liste des ingrédients. Cette liste n’est pas décorative: elle permet de comparer la présence de certaines substances avec l’entrée 75 et ses limites. Elle doit être lisible, en caractères qui tiennent encore sur un flacon de 10 ml.

Vérifie aussi l’identification du fabricant ou de l’importateur, et les recommandations d’usage. Quand une gamme est reformulée, l’étiquette évolue: lot différent, liste d’ingrédients révisée, parfois nouvelle DLU. Sans ces éléments, impossible de faire correspondre un rappel à un flacon réel. Pour un mode opératoire pas à pas, vois Inventorier ton tiroir à pigments, lot par lot.

L’identification du lot, ta seule prise en cas de retrait

Le numéro de lot est ta poignée de sécurité. En cas de rappel, d’avis de retrait fabricant ou d’information DGCCRF, il délimite le champ: tel lot est concerné, tel autre non. Sans lot lisible sur étiquette ou fourreau, pas de mesure ciblée, ni preuve que tu as isolé le bon flacon entamé.

Pratique: photographie l’étiquette avant ouverture, note la date d’ouverture et associe chaque séance à un lot. Si une cliente revient en retouche ou signale une réaction pendant la cicatrisation, tu dois remonter au lot exact et au flacon utilisé avec ton dermographe. Ce niveau de traçabilité protège une professionnelle déclarée et réduit l’exposition de ton assurance.

Ce que le texte ne te demande pas

Il ne t’oblige pas à faire analyser un pigment

REACH impose des plafonds et des interdictions, mais ne t’oblige pas à faire analyser en laboratoire chaque flacon. L’obligation pèse sur la mise sur le marché et l’usage: le fabricant doit formuler correctement, toi tu ne dois pas utiliser un mélange non conforme. La vigilance porte sur l’étiquette, les avis de rappel, et l’origine d’approvisionnement.

Évite l’analyse solitaire: un résultat isolé, hors protocole harmonisé, ne vaut ni preuve définitive ni dédouanement. Ce qui compte, c’est la traçabilité de tes séances et ta capacité à retirer immédiatement un lot listé par une source fiable, puis à prévenir les clientes qui ont reçu ce pigment.

Il ne remplace ni la déclaration ARS ni la formation hygiène

La conformité d’un pigment ne remplace ni la déclaration d’activité auprès de l’ARS prévue par le décret n° 2008-149, ni la formation hygiène et salubrité de 21 heures prévue par l’arrêté du 12 décembre 2008. Les obligations REACH s’ajoutent: stérilisation, cycle d’autoclave, gestion des cartouches d’aiguilles, filière DASRI avec bordereau conservé trois ans.

En cas de réclamation, un pigment « conforme REACH » ne compense pas l’absence de consentement éclairé, de questionnaire de santé ou de photos avant et après. Les textes s’articulent sans se substituer. Pour relire la base légale, oriente-toi vers le site de Légifrance, et conserve tes justificatifs de déclaration ARS.

Les croyances qui circulent entre praticiennes

Un stock acheté avant l’échéance ne redevient pas utilisable

Idée reçue: « j’ai acheté ce flacon avant 2022, je peux finir le stock ». Faux. L’entrée 75 vise la mise sur le marché et l’usage. L’interdiction s’applique à ce que tu utilises aujourd’hui, quel que soit l’historique d’achat. Un flacon ancien n’obtient pas de dérogation implicite, même si sa DLU court encore.

La bonne pratique n’est pas de « finir un fond », c’est d’identifier précisément le lot et de l’écarter si le rappel ou la restriction le mentionnent. Ensuite, trace quelles clientes ont reçu ce pigment, puis décide de la conduite à tenir avec elles. Pour organiser cette semaine sensible, vois Dérouler la semaine après un retrait de lot.

Une capture d’écran de fournisseur ne vaut pas preuve

Autre piège: le message partagé en groupe, ou la capture d’écran d’une story de fournisseur. Dans un dossier, cela ne vaut rien. Compte la source officielle du retrait ou de l’alerte et ta capacité à prouver la correspondance avec ton numéro de lot. Sans lot, pas de vérification, sans source, pas de base solide.

La trace utile se compose de deux pièces: la fiche de lot du flacon que tu détiens et l’avis publié par une source vérifiable. Ensuite, rattache la séance au lot. Si tu hésites entre étiquettes, adopte une méthode stable pour noter le lot pendant la prestation, par exemple l’une de celles décrites dans Tracer le lot utilisé en séance, trois méthodes et leurs limites.

Où vérifier, et quoi conserver

Les canaux officiels de rappel et de vigilance

Trois canaux forment le socle: les rappels publiés sur RappelConso, les communications de la DGCCRF, et les signalements de vigilance produits de tatouage transmis à l’ANSM. Tu ne liras pas tout au quotidien, mais tu dois pouvoir justifier d’une veille régulière et de la date à laquelle tu as agi sur un lot.

Pour suivre les positions de la répression des fraudes, fais périodiquement un point sur les communications de la DGCCRF. Un avis fabricant peut aussi déclencher une action. L’essentiel: aligner tes flacons détenus sur les informations publiées et documenter le retrait effectif.

La preuve que tu as réagi, et quand

Ce qui protège en cas de réclamation ou de contrôle, c’est la datation: quand as-tu retiré le flacon, informé tes clientes, exporté le dossier de séance. Construis un jeu de pièces opposables, simple et récurrent.

  • Pour chaque pigment: photo d’étiquette, numéro de lot, date d’ouverture, DLU, fournisseur.
  • Pour chaque séance: consentement éclairé signé, questionnaire de santé, photos avant et après, lot de pigment, cartouche d’aiguilles, cycle d’autoclave.
  • Pour chaque alerte: source officielle, date de réception, mesure prise, clients impactés.
  • Pour les déchets: bordereau DASRI classé par période, conservé au moins trois ans.

La valeur du dossier tient moins à ta connaissance du texte qu’à la preuve que tu l’as appliqué au bon moment. Une alerte traitée le jour même avec retrait de lot, clients identifiés et messages envoyés change l’issue d’un contrôle ou d’un dossier d’assurance.

Synthèse et mise en pratique

L’entrée 75 vise tes mélanges de tatouage et de maquillage permanent, interdit l’usage au-delà des limites, et a fixé deux échéances qui comptent encore. Ce qui t’est opposable demain tient en trois pièces: l’étiquette complète, le numéro de lot, la date de ton retrait effectif.

Organise ta veille et scelle chaque séance. Quand un avis tombe, rattache-le à tes flacons et exporte un PDF horodaté du dossier pour ton assureur RC pro ou pour la cliente. Si tu veux automatiser l’alerte lot-par-lot et retrouver la liste des clientes pigmentées avec un flacon, regarde les alertes pigments dans Tracencre.

Sors trois étiquettes de ton tiroir, on les déclare ensemble

Vingt minutes en visioconférence, sur tes propres flacons. On crée les fiches de lot en direct et tu vois tout de suite si l’un de ces lots est visé par une restriction ou un rappel en cours. Pas de diaporama, pas de carte bancaire demandée.

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Portrait de Jimenez Julien, auteur de cet article
L’auteur de cet article

Jimenez Julien

Je conçois et j’édite Tracencre, l’outil qui apparie la veille des pigments à l’inventaire réel d’une cabine et qui scelle chaque dossier de séance, du numéro de lot au cycle d’autoclave. J’écris à partir de ce que des praticiennes en maquillage permanent et des salons de tatouage me montrent de leurs tiroirs, de leurs registres et de leurs réclamations, en renvoyant chaque règle citée à son texte.

Le parcours de Jimenez Julien et sa méthode de travail

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